Carnets de déroute I

Publié le 19 Juin 2017

 

Nous avons un avantage sur les militaires, nous les politiques. Et pas des moindres. Pendant que dure l’hallali, nous, nous pouvons tenir journal, alors qu’un soldat doit prendre ses jambes à son coup. Peut-être, cependant, serait-il plus sage de s’esbigner franchement à l’instar de tous bons soldats en déroute. Peut-être bien. Mais nous sommes saufs de corps : il n’y a que notre moral qui branle. Alors, écrivons. Des carnets de déroute, sans doute bien plus significatifs que tous les carnets de campagne qui pointent lors des séquences électorales.

 

Une déroute de qui, au juste ? De nous. Qui ça, nous ? C’est bien là le problème. Comme en une eucharistie, nous nous sentons, nous nous savons, nous nous touchons, mais nous ne nous voyons pas. D’instinct, nous disons « nous », alors que nous n’avons même pas de nom. Les patriotes peut-être ? Les souverainistes ? Les identitaires ? Les conservateurs ? Nous, la droite ? Quel est donc ce camp sans enseigne ? Nous ne sommes que des fantômes sans nom attachés aux mânes – et qu’un fantôme aime les mânes, voilà, après tout, qui est bien naturel.

 

Être attachés aux mânes procure déjà une surface, comparés à tous ceux qui n’en ont plus rien à foutre des ancêtres. Mais de cette surface, nous n’en faisons rien, nous la laissons évanescente comme un Esprit sain qui chercherait en vain à s’incarner. Nous communions ! Ah certes, nous communions. Dans nos dégoûts en commun. Nous n’aimons pas l’immigration, qui change trop violemment le visage et le cœur de notre vieille et chère patrie. Nous n’aimons pas qu’on nous donne des ordres, à nous, vieux mousquetaires Français, surtout s’ils viennent de Berlin (Berlin qui, au passage, passe toujours par la Belgique – aujourd’hui : Bruxelles – avant de gouverner Paris), de Washington ou de Londres. Nous n’aimons pas tellement la nouvelle morale humano-progressiste qui a remplacé notre vieux fond chrétien et viril, celle qui dégouline d’odes à la modernité, à l’égalitarisme, au sans-frontiérisme, aux nouvelletés, à l’individualisme, au « sociétal ». Nous n’aimons pas des masses l’Etat-Zombie, celui qui dévore désormais ses enfants, mettant que trop sa main dans nos poches pour financer on-se-sait quelle nouvelle gabegie, et nous aimons encore moins cet Etat quand il ne fait rien pour nos pauvres gens des périphéries et des campagnes. Nous vomissons en cœur une école qui ne transmet plus rien, une nature qui s’enlaidit et notre ancienne gloire qui s’affadit devant nous à mesure que le temps passe. Nous vomissons bien, pour sûr. Puis nous restons l’estomac vide. Déboussolés et turbides, il ne nous reste plus qu’à avaler notre vomis pour le vomir à nouveau : après Hollande, voilà Macron, en attendant sûrement le prochain.

 

Nous ne sommes plus rien de sérieux et nos quelques incarnations n’ont de nous que notre caricature. La droite d’Orléans d’un côté, composées de petits bourgeois médiocres, ceux qui, en définitive, n’eurent pas assez de facultés pour gagner mieux dans le privé et qui s’en retournèrent dans la politique. Ceux qui n’ont rien en tête sinon une calculatrice, comme dirait Buisson. « Pas touche au grisbi, salope ! » dit-elle à Macron en songeant à la CSG et aux « dépenses publiques ». Mais voilà donc sa seule réplique dans le film : quand elle veut dire autre chose, elle s’aperçoit que le déficit de sa culture est disputé par celui de son imagination. Elle n’a plus ni l’une ni l’autre. Alors, elle pose son cul dans quelques manoirs de la Sarthe ou quelques beaux appartements du 7eme parisien. Elle n’a rien à dire, mais le dîner sera toujours prêt pour elle, même si, pour l’heure, il s'agit d'une soupe. De l’autre côté, il y a les populistes. « Nous sommes le peuple ! » hurlent-ils en se prenant pour Lénine, ayant oublié que nous ne sommes plus à « l’ère des masses » qu’étudiait Gustave Le Bon, ni même que ses électeurs ne sont pas communistes. Le FN n’a pas de pif. Il sent mal, sauf la merde, et il ne parle donc que d’elle. Ceux qui y vivent votent dès lors pour lui, mais, fort heureusement, si la merdre croît, pour paraphraser un moustachu, elle n’a pas encore gagné de toutes parts. Durant cette campagne, le FN aura réussi l’exploit de conjuguer le pire de l’intellectualisme (« l’union des souverainistes de gauche et de droite », comme des intellectuels de salons avaient théorisé jadis l’union des communistes et des nationalistes), le pire du populisme (nous sommes le peuple ! A bas les élites ! Et vas-y que j’parle comme une poissonnière, bah dis donc !) et le pire du progressisme (kikou les petits cœurs de l’équipe Philippot, si mignoooonns). Exploit notable, qui nous rappelle cette dure vérité que les tenants de la décadence sont souvent moins décadents, à titre personnel, que ceux qui sont censés s’opposer, justement, à cette décadence.

 

Carnets de déroute, donc. Ils auront certainement quelques lecteurs. Espérons toutefois que je les arrête rapidement, car, Bon Dieu, malgré toutes ses turpitudes, je crois encore en ce foutu pays. Il y aurait tant à faire…

Ah…

Le vent se lève, il faut tenter de vivre !

On verra demain !

Publié dans #journal

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Sofie 05/07/2017 13:40

Terrible constat de ces 40 dernières années ...

Je ri jaune d'entendre des Guaino & Consorts qui pleurent sur leur échec et qui mettent tout sur le dos des électeurs catho de droite de leurs circo! Et sur les abstentionnistes!

Qu'ils regardent derrière eux et leurs amis aussi, car à part "les copains d'abord", qu'ont ils fait pour la France et son peuple? RIEN, sauf le saccage du pays! Il ne faut rien attendre des politiciens aujourd'hui, car tous n'ont qu'une seule ambition: garder leurs fauteuils de velours et leurs électorats achetés.

Il n'y a que le peuple qui pourra se sauver, et au sein de ce peuple il y a des pépites, des hommes et des femmes dignes, qui ont le pays chevillé au corps et au cœur! C'est à ceux qui y croient encore de prêcher la bonne parole.
Car oui, nous en sommes là... Nous en sommes à devoir prêcher et convaincre que notre pays n’est pas RIEN et qu'il mérite d'être sauvé! Que la France est grande,

Oser dire ce que l'on pense!
Oser lire des journaux dissidents face à ce public qui baissent la tête sur leurs smartphones devant "Candy Crush"!
Oser répandre les idées de patriotisme et d'amour de son pays!
Oser exprimer ces idées contraire devant son entourage!

Oser être Français de racines et fiers de l'être...

Merci Julien d'être là, nous sommes présents, et bien décider à ne pas disparaître ..

Alex 23/06/2017 10:46

Et oui Julien...comme chantait Trenet : que reste t il de nos amours....devant le feu qui s'éteint ce soir c'est une chanson d'automne.
Lorrain de Saint Affrique déclarait il y a 2 ou 3 ans que le FN était une toute petite barque portée par une énorme vague... pas de chance ( en fait la chance n'a rien a voir ) la vague n'est pas arrivée sur une plage en pente douce mais sur le rocher de la vierge...la barque est brisée et l'équipage éparpillé. Pour avoir vécu ces campagnes de l'intérieur (ma compagne étant candidate) la conclusion que nous en avons tiré est : les pieds-nickelés font de la politique. Cela fut une "souffrance" : absence d'organisation , absence de considération de la part des cadres , ligne politique difficilement compréhensible ( enfin pour ceux qui essayent de réfléchir...clairement une minorité), dénonciation et colère (certes justifiées) mais si peu ou pas de message d'espoir...aucun "souffle"..."volontarisme" (méthode Coué .?) creux toute critique/suggestion balayée d'un revers de main, ambiance au niveau local délétère( les "historiques" n'aimant pas les nouveaux car jugés arriviste et prétentieux ( pour certain il est prétentieux de réfléchir et de se cultiver), ligne "économique" gauchisante et peu claire, quid des "valeurs" et puis le débat...nous avons éteint la télé au bout de 30mn pour aller boire un cognac. Il nous faut donc changer de "barque (personnellement un porte-avion nous conviendrait mieux) et aussi d'équipage...et surtout il faut un (ou une) commandant voir plutôt un amiral...Alors peut être si les circonstances nous sont favorables pourrons nous sauver notre pays moribond...en redoutant que ces circonstances soient violentes et cruelles ( Pelenor a raison un effondrement économique arrive c'est évident mais quand nul ne sait , a savoir que cet effondrement signifiera : magasins vides, pharmacies vides, etc. Presque comme une guerre) Alors Julien si jamais vous vous sentez le "pied marin" faites le nous savoir. A continuer de vous lire et vous écouter Bien cordialement

Pelenor 20/06/2017 12:55

Même analyse. Même pessimisme avec en prime un effondrement économique à court terme.

Il nous faudra toucher le fond pour ressusciter.

Relire Tillinac "du bonheur d'être reac"...

Si la guerre civile nous est épargnée, il faudra reconstruire un parti neo conservateur. Julien. Marion. Henri. Et tous ceux de bonne volonté.

prb 30/07/2017 10:58

"Néo-conservateur"? Comme chacun sait les néo-conservateurs ne sont pas conservateurs mais utilisent les forces conservatrices et les valeurs démocratiques pour promouvoir un projet impérialiste, oligarchique et destructeur. Dieu nous en préserve.

lhommequiveille 20/06/2017 12:02

"alors qu’un soldat doit prendre ses jambes à son [coup]." ----------> "Cou"

Cyp 20/06/2017 00:17

Excellente analyse, mais malheureusement j'ai bien peur que l'union des droites ne soit pas pour tout de suite, il lui faut un leader et aujourd'hui personne n'a le charisme ni la culture pour incarner cette nouvelle force.
A part si toi Julien tu te lance dans la bataille, tu sais Napoléon est devenu premier consul à 30 ans !!

prb 30/07/2017 11:00

Marion M-LP est la parfaite incarnation de cette conjonction de forces. Elle en a l'intelligence, la vision, le courage, le charisme. Elle reviendra.